Dakar, le 11 juin 2026
C’est avec une extrême désolation, et une indignation que nous ne saurions taire,
que l’Internationale Sénégalaise des Émigrés de Retour (ISER) a appris le projet de
rapatriement forcé de 1689 de nos compatriotes, frappés d’une décision définitive
d’expulsion inscrite sur les registres de la police de l’immigration américaine.
Derrière ce chiffre se cachent des destins, non des dossiers. Ce sont des femmes et
des hommes qui, pour beaucoup, ont vécu des décennies aux États-Unis. Ils y ont
fondé des familles, élevé des enfants souvent nés sur le sol américain, créé des
entreprises, employé des salariés, acquis des biens, payé leurs impôts et tissé, jour
après jour, les liens patients d’une vie. Du jour au lendemain, on prétend arracher ces
vies à la terre où elles ont pris racine. Certaines et certains laisseront derrière eux
des enfants, des conjoints, un foyer, le fruit du travail de toute une existence.
Des procédures d’une brutalité inacceptable
Nous dénonçons avec la plus grande fermeté le caractère inhumain et dégradant
des procédures d’expulsion. Réduire des êtres humains à des numéros sur un
registre, les arracher à leurs proches sans préavis, les détenir puis les transférer
entravés comme des criminels, séparer des parents de leurs enfants : rien de tout
cela n’est compatible avec la dignité de la personne humaine ni avec les engagements
internationaux relatifs aux droits fondamentaux.
Plus grave encore, certains de nos compatriotes risquent d’être envoyés non vers leur
pays d’origine, mais vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont aucun lien — ni
langue, ni famille, ni attache. Pareille pratique, qui transforme des êtres humains en
colis que l’on déporte d’une frontière à l’autre, est une négation pure et simple de
leur humanité. Nous la condamnons sans réserve.
Le poison de la stigmatisation
Au-delà du drame individuel, ces expulsions de masse portent un danger plus
insidieux : elles stigmatisent des communautés entières. En confondant la
migration avec la délinquance, on jette le soupçon sur des millions de personnes honnêtes et laborieuses, on les désigne à la défiance, on alimente la xénophobie et le
repli identitaire.
Cette stigmatisation frappe deux fois. Elle frappe l’émigré, présenté comme
indésirable là où il a tout donné. Et elle frappe celui qui rentre, parfois regardé avec
méfiance jusque dans son propre pays, comme s’il portait la marque d’un échec ou
d’une faute. Le retour ne doit jamais être vécu comme une honte. Nos
compatriotes ne sont ni des coupables ni des fardeaux : ils sont des fils et des filles du
Sénégal, riches d’expériences, de compétences et de réseaux dont la nation tout
entière peut s’enorgueillir et tirer profit.
Pour un monde plus tolérant et plus humain
L’histoire de l’humanité est, depuis l’origine, une histoire de mouvements, de
rencontres et de mélanges. La migration n’est pas une anomalie à punir, mais une
réalité aussi vieille que l’homme. Un monde qui choisit la tolérance plutôt que le
rejet, l’accueil plutôt que l’exclusion, n’est pas seulement un monde plus juste : c’est
un monde plus prospère, plus stable et plus pacifique.
La diaspora sénégalaise et africaine en est la preuve vivante. Par ses transferts, son
savoir-faire, son énergie entrepreneuriale et son rôle de pont entre les cultures, elle
contribue au développement de ses pays d’accueil comme de son pays d’origine. Bâtir
un monde où chaque personne est reconnue dans sa dignité, quel que soit son lieu de
naissance ou son parcours, n’est pas une faiblesse : c’est la condition d’un avenir naissance ou son parcours, n’est pas une faiblesse : c’est la condition d’un avenir
partagé.
Nos appels et nos revendications
Devant ce drame, l’ISER appelle solennellement le Gouvernement du Sénégal ainsi
que nos représentations diplomatiques et consulaires à se mobiliser sans délai.
Concrètement, nous demandons:
– de tout mettre en œuvre pour assister nos compatriotes menacés
d’expulsion, par une protection consulaire active et une assistance juridique
effective;
– à défaut d’obtenir l’annulation des mesures d’expulsion, d’empêcher
absolument l’envoi de nos compatriotes vers des pays tiers;
– de garantir la protection des familles et des biens laissés derrière eux;
– de mettre en place, dans la durée, un véritable plan de prise en charge,
d’accompagnement et de réinsertion des personnes de retour.
L’Internationale Sénégalaise des Émigrés de Retour se rapprochera du Ministère de
l’Intégration Africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de
l’Extérieur pour offrir sa pleine collaboration dans la gestion de cette douloureuse
affaire et faire entendre la voix des premiers concernés.
Pour une Journée Nationale du Retour au Pays

Enfin, parce que le retour ne saurait rimer avec la défaite mais avec l’espérance,
l’ISER propose l’instauration d’une Journée Nationale du Retour au Pays. Cette
journée célébrera et partagera le retour comme un acte de foi: foi en soi, foi en son
pays, foi en l’avenir. Elle dira à tous nos compatriotes, où qu’ils se trouvent, que la
patrie n’oublie aucun des siens et que la porte de la maison reste toujours ouverte.
La dignité de nos compatriotes n’est pas négociable. Nous resterons
mobilisés à leurs côtés.
Le Bureau de l’ISER
Internationale Sénégalaise des Émigrés de Retour
www.iser.sn · iser@iser.sn · Tél. : 77 606 84 80

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